Combien de temps dure la passion, et ce qui vient après

Par Hélène Vasseur · Publié le

Deux tasses de café vides et un livre ouvert sur une table en bois patinée près d'une fenêtre, lumière grise de fin d'automne

Au bout de deux ou trois ans, quelque chose change. L’impatience de se revoir s’apaise, les pensées qui revenaient sans prévenir en pleine journée se font rares, et le corps ne s’emballe plus à chaque message. Beaucoup de couples vivent ce virage comme une perte, et s’interrogent : est-ce que c’est fini, ou est-ce que c’est normal ? La recherche répond en deux temps. Le premier temps est connu et un peu décourageant ; le second l’est beaucoup moins, et il indique précisément quoi faire.

Deux à trois ans : ce que dit la chimie

Le calendrier biologique est assez bien établi. Bernard Sablonnière, professeur émérite de biologie moléculaire à l’université de Lille et chercheur à l’Inserm, explique dans un entretien à The Conversation que ce fonctionnement hormonal « est fait pour permettre à la formation d’un couple de durer au moins deux/trois ans ». La dopamine, hormone de l’envie et du désir, inhibe en partie le cerveau du jugement : c’est l’état d’ébriété des débuts. Puis la sérotonine fait redescendre le stress, et l’ocytocine prend le relais pour installer l’attachement.

Deux précautions s’imposent avec ce chiffre. Il décrit un état neurochimique, pas une date d’expiration de l’amour : rien ne s’éteint un matin de troisième anniversaire. Et il varie beaucoup d’une personne à l’autre, d’un couple à l’autre, selon la vie qu’on mène pendant ces années-là.

Ce qui disparaît, c’est surtout l’obsession

La nuance la plus utile vient d’une méta-analyse de Bianca Acevedo et Arthur Aron, publiée dans la Review of General Psychology et reprise par un communiqué de l’American Psychological Association. Ces chercheurs ont réuni 25 études portant sur plus de 6 000 personnes et séparé deux choses qu’on confond d’ordinaire : l’amour romantique, fait d’intensité, d’engagement et de désir, et la composante obsessionnelle, faite d’incertitude et d’anxiété.

Le résultat est net. Dans les relations longues, l’amour romantique sans obsession va de pair avec la satisfaction du couple, tandis que l’obsession y est associée négativement — alors qu’elle accompagne la satisfaction dans les histoires récentes. Autrement dit, ce qui s’en va au bout de deux ans, c’est surtout le guet du téléphone, le doute, la vérification permanente. Beaucoup de couples pleurent la disparition de leur anxiété.

Garder l’intensité n’est pas une légende

Reste la vraie question : l’intensité, elle, peut-elle tenir ? Une enquête de K. Daniel O’Leary et de ses collègues, parue dans Social Psychological and Personality Science en 2012, a interrogé 274 personnes mariées depuis plus de dix ans : quatre sur dix se déclaraient encore « très intensément amoureuses ».

L’imagerie cérébrale va dans le même sens. Dans une étude publiée dans Social Cognitive and Affective Neuroscience, Acevedo, Aron, Helen Fisher et Lucy Brown ont scanné dix-sept personnes mariées depuis dix à vingt-neuf ans qui se disaient toujours amoureuses. Devant la photo de leur conjoint, les mêmes circuits dopaminergiques que chez les amoureux des premiers mois s’allumaient, avec en plus les régions de l’attachement. Prudence sur la portée : ces participants avaient été recrutés parce qu’ils se déclaraient encore amoureux, et l’échantillon est petit. L’étude ne dit pas que c’est fréquent. Elle dit que c’est réel.

Ce que font les couples concernés

Les facteurs associés à cet amour durable, détaillés par Scientific American, tiennent en trois lignes et n’ont rien de spectaculaire. Des gestes d’affection physique ordinaires, maintenus : s’embrasser, se prendre dans les bras, se toucher en passant. Une pensée tournée positivement vers son conjoint, y compris quand il n’est pas là. Et des activités nouvelles, engageantes, un peu exigeantes, faites ensemble.

Ce dernier point est le plus actionnable, parce qu’il se décide. Essayer à deux ce que ni l’un ni l’autre ne maîtrise, c’est se voir maladroits et curieux, et choisir une activité qui vous ressemble vraiment compte plus que son prestige. Pour que ces moments existent, encore faut-il leur réserver une place : des rendez-vous réguliers tenus comme des rendez-vous importants font davantage que trois sorties par an. Et la nouveauté a besoin d’un ingrédient qu’on oublie, la distance : un conjoint qui garde ses amitiés, ses projets et un espace à lui reste quelqu’un qu’on peut redécouvrir.

Un mot sur les méthodes : résistez aux modèles qui promettent de tout expliquer par un trait de caractère, comme les prétendus langages de l’amour. Ce qui tient dans la durée est moins élégant et plus concret.

L’erreur la plus commune, à ce stade, est de juger son couple à l’étalon de ses dix-huit premiers mois, puis d’attendre que le vertige revienne tout seul. Il ne reviendra pas sous cette forme. Ce qui peut revenir, cette semaine, c’est une soirée hors de chez vous à faire quelque chose d’inconnu — et le regard que votre conjoint aura sur vous à ce moment-là.

Cet article a été rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
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